Le plus ancien recueil de devinettes du Moyen-âge (ms. 654)
La devinette dans le sens moderne qui la rattache à l'humour enfantin est apparue il y a cent ans. Jusqu’à la fin du Moyen Age, l’adevinaille, l’adevinal ou la devinaille se rapportaient au très sérieux vocabulaire de la divination, comme l’indique l’origine latine. Le but premier de ces énigmes était de stimuler la curiosité et non de faire rire. Ce n’est qu’au XVe siècle, avec l’apparition des recueils de devinettes, que l’énigme et la question comique commencent à se confondre.
La devinette a une double nature. Elle est à la fois dialogue et jeu. Favorisant le lien social, elle sert également d’outil littéraire dont les auteurs du XVe et surtout du XVIe siècle sont très friands. Les prédicateurs, par exemple, les utilisent dans leurs sermons pour captiver leurs auditoires et rompre avec la monotonie d’une démonstration religieuse théorique.
L’apparition des recueils a ainsi permis une plus grande diffusion et une meilleure instrumentalisation de la devinette au sein de la littérature de l’époque moderne. Les plus connus de ces recueils sont :
- Le manuscrit de Wolfenbüttel, appelé le Livre des adevinelles. Il daterait du derniers tiers du XVe siècle.
- Les Adevineaux amoureux, recueil imprimé à Bruges, par Colart Mansion, en 1479 et conservé à la Bnf dans deux incunables. Le texte a été reproduit en entier en 1829 par Aimé Martin dans la collection « Les joyeusetez, facéties et folastres imaginations de Caresmes Preant ».
- Les Demandes joyeuses en forme de quolibets, connu par différentes éditions qui offrent entre elles des variantes peu importantes et qui datent de la fin du XVe siècle.
Le dernier à signaler, le manuscrit 654 de la bibliothèque du château de Chantilly, écrit sur parchemin à Gand ou Bruges vers 1470, est le plus ancien et le plus riche recueil de devinettes du Moyen Age. Cette compilation comprend :
- Folio 1-18 : les Evangiles des Quenouilles
- Folio 19-54v : 212 demandes d'amour
- Folio 54v-59 : 41 problèmes d'arithmétique
- Folio 59-61 : 6 jeux-partis
- Folio 61-102 : 523 devinettes
- Folio 102v-105 : 50 demandes d'amour
- Folio 105-106v : pièces diverses
- Folio 107-122v : 184 venditions
- Folio 122v-124v : 34 contrepèteries et amusements verbaux.
La langue du manuscrit est le français commun. On y relève cependant quelques picardismes. Ce recueil révèle un effort de systématisation portant sur les contenus comiques (séries sur Paris, la religion, les meuniers, le pet, le con, etc.) et sur la forme (séries en vers, charabia, etc.). Mais il conserve la trace de plusieurs modèles, trace que l’on décèle par exemple dans les nombreuses devinettes répétées.
Bibliographie :
ROY Bruno, Devinettes françaises du Moyen Age, Montréal, Bellarmin, Paris, Vrin, 1977, 217 p.
HASSEL James, Les Adevineaux amoureux, Austin, University of Texas Press, 1974, XXXVII-274 p.
MARTIN Aimé (publié par), Les Joyeusetez, Faceties et folastres imaginations de Caresme Prenant, Gautier Garguille, Guillot Gorju, Roger Boutems, Turlupin, Tabarin, Arlequin, Moulinet, etc, [Paris], 1829, vol. 14.